La complexité : une donnée normale du rôle de dirigeant
Diriger une entreprise, ce n’est pas résoudre des problèmes simples les uns après les autres. C’est gérer en permanence des systèmes imbriqués, des interactions humaines, des contraintes économiques et des décisions à effets différés.
La complexité fait partie intégrante du rôle. Elle se manifeste notamment par :
- des informations incomplètes ou contradictoires,
- des enjeux multiples à hiérarchiser,
- des décisions à prendre sous contrainte de temps,
- une responsabilité forte, souvent solitaire.
Les dirigeants performants ne sont donc pas ceux qui évoluent dans un environnement simple, mais ceux qui ont appris à fonctionner efficacement dans la complexité.
Quand « c’est compliqué » devient un refuge
Le basculement s’opère lorsque cette complexité est utilisée, consciemment ou non, comme un refuge psychologique. Dire « c’est compliqué » permet alors de suspendre l’action, de différer un choix, de justifier une absence de décision.
Dans les faits, cette phrase peut remplir plusieurs fonctions implicites :
- éviter une décision risquée ou impopulaire,
- masquer une hésitation ou un manque de clarté,
- se protéger d’une éventuelle erreur,
- gagner du temps sans l’assumer explicitement.
À court terme, cette posture soulage.
À moyen terme, elle installe de l’immobilisme.
Le vrai ennemi de la performance : la confusion
Il est essentiel de distinguer deux notions que les dirigeants confondent souvent : complexité et confusion.
La complexité est externe. Elle décrit la réalité du contexte.
La confusion est interne. Elle décrit l’état mental du décideur.
Un dirigeant peut faire face à une situation très complexe tout en restant clair dans ses priorités et ses décisions. À l’inverse, une situation relativement simple peut devenir paralysante lorsqu’elle est vécue dans la confusion.
Lorsque la confusion s’installe, on observe généralement :
- des décisions repoussées ou prises trop tard,
- des priorités floues ou changeantes,
- une communication hésitante avec les équipes,
- une fatigue mentale croissante chez le dirigeant.
La performance ne chute pas brutalement. Elle s’érode progressivement, souvent sans que l’on sache précisément pourquoi.
« C’est compliqué » : un signal faible à ne pas ignorer
En coaching de dirigeants, cette phrase est rarement considérée comme une fin en soi. Elle est plutôt perçue comme un signal faible, révélateur d’un besoin non exprimé.
Lorsqu’un dirigeant dit « c’est compliqué », il est souvent pertinent d’explorer :
- ce qui est réellement sous son contrôle,
- ce qui relève des faits et ce qui relève de l’interprétation,
- la décision qui est évitée ou repoussée,
- la priorité qui, si elle était clarifiée, simplifierait le reste.
Dans la majorité des cas, le problème n’est pas l’absence de solutions, mais l’absence de hiérarchie et de clarté.
La clarté : un levier de performance sous-estimé
Clarifier ne signifie pas rendre la réalité simple ou confortable. Clarifier, c’est accepter la complexité tout en refusant la confusion. C’est faire un choix conscient : celui de rendre lisible ce qui doit l’être pour avancer.
La clarté repose souvent sur trois actes clés :
- nommer explicitement les enjeux réels,
- hiérarchiser ce qui est prioritaire aujourd’hui,
- accepter de décider sans disposer de toutes les informations.
Ce travail de clarification est exigeant, car il oblige le dirigeant à renoncer à certaines options, à assumer des choix imparfaits et à s’exposer.
La clarté comme acte de leadership
Pour les équipes, la clarté du dirigeant est un repère fondamental. Dans un environnement incertain, elles n’attendent pas des certitudes absolues, mais une direction lisible.
Un dirigeant qui clarifie :
- donne un cap,
- sécurise les décisions,
- facilite l’engagement,
- réduit les interprétations et les tensions inutiles.
À l’inverse, un dirigeant qui s’installe durablement dans le « c’est compliqué » transmet, souvent malgré lui, du flou et de l’hésitation. La clarté n’est donc pas seulement un outil de performance personnelle, c’est un acte de leadership collectif.
Sortir du « c’est compliqué » : changer de posture
Sortir de cette posture ne consiste pas à trouver immédiatement la bonne réponse. Il s’agit plutôt de changer de question.
Beaucoup de dirigeants restent bloqués parce qu’ils se demandent :
- pourquoi la situation est complexe,
- ce qui pourrait mal se passer,
- ce qu’il faudrait savoir de plus avant de décider.
Les dirigeants performants déplacent le regard vers :
- la prochaine décision utile,
- la priorité qui aura le plus d’impact,
- le premier pas concret possible.
Ce changement de posture permet de passer d’une analyse circulaire à une dynamique d’action.
Le rôle du coaching de dirigeants face à la complexité
Le coaching de dirigeants prend tout son sens lorsque la complexité devient pesante. Il ne vise pas à simplifier artificiellement les situations, ni à fournir des solutions toutes faites. Il aide le dirigeant à :
- remettre de l’ordre dans sa réflexion,
- clarifier ses objectifs et ses priorités,
- sécuriser sa prise de décision,
- sortir de l’isolement.
Très souvent, le premier bénéfice tangible d’un accompagnement n’est pas une réponse immédiate, mais une sensation claire : « je vois plus clair ». Et cette clarté suffit souvent à relancer la performance.
Conclusion : la performance commence par ce que l’on rend clair
Dire « c’est compliqué » est humain.
S’y installer durablement est risqué.
La complexité fait partie intégrante du rôle de dirigeant.
La confusion, en revanche, est un signal qu’il est temps de s’arrêter, de clarifier et de décider.
La performance ne repose pas sur la maîtrise totale de l’environnement, mais sur la capacité à rendre clair ce qui doit l’être pour avancer : un objectif, une priorité, une décision.
La vraie question n’est donc pas :
« Est-ce compliqué ? »
Mais bien :
« Qu’est-ce que je choisis de rendre clair maintenant ? »
Etes-vous prêts à y voir plus clair dès maintenant ? Parlons en




