Proposer et trancher : deux postures complémentaires du leadership
Le leadership ne se résume pas à la prise de décision. Il repose sur un équilibre entre deux mouvements essentiels : ouvrir l’espace de réflexion et le refermer au bon moment. Proposer et trancher ne sont pas opposés. Ils sont complémentaires et structurent la responsabilité du dirigeant.
Un dirigeant qui ne fait que proposer dilue son autorité. À l’inverse, un dirigeant qui tranche en permanence risque l’isolement. La maturité du leadership réside dans la capacité à ajuster sa posture selon le contexte.
Proposer : ouvrir l’espace de réflexion
Proposer ne signifie pas renoncer à son rôle de dirigeant. C’est créer un cadre qui favorise la réflexion collective et enrichit la décision. En formulant une orientation ou une hypothèse, le dirigeant invite à la contribution sans se défausser de sa responsabilité.
La posture de proposition permet :
- de mobiliser l’intelligence collective
• de confronter les points de vue
• de faire émerger des angles morts
• de renforcer l’engagement des équipes
Proposer, c’est reconnaître que la complexité dépasse le regard d’une seule personne. Le dirigeant accepte que sa vision soit discutée, enrichie ou ajustée. Cette posture favorise l’appropriation des enjeux et développe une culture de responsabilité partagée.
Les équipes ne sont plus uniquement dans l’exécution. Elles participent à la réflexion, comprennent les contraintes et s’engagent davantage dans la mise en œuvre des décisions.
Un dirigeant qui propose assume l’incertitude et valorise la contribution de ses interlocuteurs, tout en conservant la décision finale.
Trancher : assumer la responsabilité de décider
Trancher consiste à refermer l’espace de discussion pour prendre une décision claire. Cette étape est indispensable. Sans elle, la réflexion reste ouverte et l’action se bloque.
Trancher, c’est :
- donner une direction claire
• accepter un choix imparfait
• assumer les conséquences
Le dirigeant tranche lorsque les avis divergent, lorsque le temps est contraint ou lorsque l’enjeu dépasse les intérêts individuels. Il accepte que la décision ne fasse pas consensus et qu’elle comporte une part de risque.
Trancher ne signifie pas ignorer les contributions. Une décision efficace s’appuie souvent sur une phase de proposition. Mais à un moment donné, le leader transforme la réflexion en action.
Une décision explicite sécurise les équipes. Elle clarifie le cap et évite les zones grises. Même imparfaite, une décision assumée vaut mieux qu’une indécision prolongée.
Les dérives fréquentes chez les dirigeants
Le déséquilibre entre proposer et trancher est fréquent. Sous l’effet de la pression ou du doute, certains dirigeants s’installent durablement dans une seule posture.
Trop proposer : le risque de dilution de l’autorité
Certains dirigeants consultent largement, sollicitent des avis, mais peinent à conclure. Ils cherchent le consensus et repoussent la décision.
Cette posture peut générer :
- de la confusion
• une perte de repères
• un flottement décisionnel
Les équipes finissent par douter de la capacité du dirigeant à assumer son rôle. Trop d’ouverture sans clôture crée de la frustration et ralentit l’action.
Trop trancher : le risque de rigidité
À l’inverse, certains dirigeants tranchent rapidement et systématiquement. Cette posture peut être efficace à court terme, notamment en situation de crise.
Mais à moyen terme, elle entraîne souvent :
- une baisse de l’engagement
• une autocensure des équipes
• une dépendance accrue au dirigeant
Les équipes n’osent plus proposer. La décision devient solitaire et l’organisation perd en agilité.
Ce qui permet de savoir quand proposer et quand trancher
Le leadership ne consiste pas à choisir une posture unique, mais à ajuster son positionnement selon la situation.
Le niveau de maturité des équipes
Plus les équipes sont autonomes et compétentes, plus l’espace de proposition peut être large. Elles savent analyser les enjeux et formuler des options pertinentes.
À l’inverse, en contexte d’urgence ou de faible maturité, le dirigeant doit trancher davantage pour sécuriser l’action.
La nature de la décision
Toutes les décisions ne nécessitent pas le même niveau de concertation. On distingue notamment :
- les décisions stratégiques
• les décisions opérationnelles
• les décisions structurantes
Le rôle du dirigeant est de déterminer ce qui relève de la réflexion collective et ce qui nécessite un arbitrage clair.
Le facteur temps
Le temps est un critère clé. Lorsque le temps manque, proposer peut devenir contre-productif.
En situation d’urgence :
- la clarté prime sur la concertation
• la rapidité prime sur l’exhaustivité
• la direction prime sur le débat
Savoir trancher rapidement devient alors une compétence essentielle, à condition de pouvoir expliquer la décision a posteriori.
La confiance comme fil conducteur
Naviguer entre proposition et décision repose sur la confiance :
- confiance en soi pour assumer une décision
• confiance dans les équipes pour ouvrir la réflexion
• confiance dans le cadre pour maintenir la cohérence
Sans cette confiance, le dirigeant se fige dans une posture unique, souvent par peur de se tromper ou de perdre sa légitimité.
Trouver sa posture juste de dirigeant
Il n’existe pas de posture universelle. La posture juste dépend du contexte, des personnes et du moment. Elle repose sur une capacité d’ajustement :
- écouter sans s’effacer
• décider sans écraser
• proposer sans fuir la responsabilité
Cette posture se construit avec l’expérience et le travail sur soi.
Conclusion – Décider juste, un apprentissage continu
Proposer ou trancher n’est pas un choix binaire. C’est un mouvement permanent au cœur du leadership.
Savoir quand ouvrir l’espace et quand le refermer est une compétence stratégique.
Travailler cette posture, c’est améliorer la qualité des décisions, renforcer le leadership et soutenir une performance durable.
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